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Texte
tiré de « chevauchées »
de
Homerie .

Il était seul,
il était nu
Je veux dire,
sans cavalier ni selle, Immobile au milieu du sentier,
L’œil
circonspect, ombré, Robe fumante, toupet pantelant.
Aux alentours,
point de longues vues,
Ni starter, pas
la moindre indication d’Hippodrome,
Le plus petit
oxer,
Juste un
cheval, Brun et sale,
Seul et nu.

Dans le creux
des salières
Perlait la
sueur mêlée de terre,
Campé sur un
vaste poitrail,
L’animal était
fort, ses flancs disaient le vent,
Et sa bouche,
nimbée de lumière,
Ruisselait d’un
sang mauvais.
Ignorant tout
du trot et des cavales,
J’étais à pied,
point cavalier,
Et d’un pas
mesuré, j’ai contourné sa belle allure
De soie.
Sa silhouette
brune en attente d’une galopade.
A l’arrière de
sa croupe,
Enguirlandé de
feuilles bruissantes,
Le layon
virait.
Je le pris,
Car après tout,
Tel était mon
but,
Et puis,
Chacun son
chemin, non ?
Immobile sous
les frondaisons,
Le cheval brun
restait,
Solitaire,
A me serrer le
cœur,
Son sang
d’encre dégoulinant jusqu’à ses
Paturons.
J’allais lui
dire adieu, lorsque,
D’entre ses
cils, Je vis son œil rond.
Il me fixait,
Seul et nu,
Désoeuvré,
Ne disant mot.

Une complainte,
des gémissements, de sourdes
jérémiades,
Me firent
poursuivre ma route.
Sous les
arcades forestières, un attroupement,
Quelques
personnes, noires, malgré leurs tenues
Estivales,
Certaines
debout, bras lourds comme des enclumes,
D’autres
agenouillées,
Quasi
démantibulées,
Par le malheur,
l’injustice et l’horreur.
Et là-bas, de
l’autre côté,
Masqué par le
virage,
Les troncs
écorchés de lumière,
Je savais le
cheval brun,
Immobile,
Seul et nu.

J’étais là, aux
confins d’un drame,
De cet enfant à
terre,
Corps inerte,
Pâle et sans vie,
Bouche
entrouverte, tuméfiée,
Engluée de
salive et de débris.
En amont de la
scène, dans l’herbe,
Une bombe,
Cuir tendu de
velours sombre,
Censée protéger
les bouilles enfantines,
Son satin mauve
moiré d’un éclat de soleil.
Bouté par les
sanglots, les cris atroces,
J’entendis
qu’il était question d’un cheval brun.
On lui coupera
le cou, disait-on,
Les reins,
Assurément.
Brisé menu, il
serait,
Grillé à vif,
Le couteau,
Le boucher,
Le bourreau,
Mortelle
randonnée que celle-ci,
Pour le cheval
immobile,
Là bas,
Seul et nu.
J’ai rebroussé
chemin,
A pas comptés,
Feutrés,
Jusqu’au cheval
brun,
Seul et nu,
Enveloppé
d’ombres obliques.
Je m’en suis
approché,
Au point d’y
voir dans son œil mon reflet.
Un long filet
s’écoulait de ses paupières,
Étroite rigole
qui s’égouttait à ses sabots,
Y faisant plouc
et plouc,
Dans son
mauvais sang.
Je n’ai jamais
rien su des chevaux,
J’ai pourtant
noué mes doigts à son toupet,
Et lui ai dit :
Viens !

Le cheval brun,
Ô prodige,
M’a entendu,
Depuis,
Il n’est plus
seul.
Ni nu.

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